L’Afrique semble s’être déplacée, le temps du Parcours des Mondes, dans la rue des Beaux-Arts, tant la diversité de ses formes artistiques y sont célébrées au travers de différentes expositions thématiques. Le thème animalier, si ancré dans la plastique africaine, est abordé dans Bestiaire imaginaire, la proposition de la Galerie Dandrieu-Giovagnoni pour ce Parcours. Dans les salles, le visiteur peut y admirer un étonnant tambour zoomorphe du Cameroun, ainsi que le singulier masque dogon surmonté d’un long bec qui fait la couverture du catalogue édité pour l’occasion. Pierre Amrouche et Alain Dufour, quant à eux, présentent un intéressant ensemble de sculptures Lamba et Losso venant du Togo : statuettes de petites tailles dotées d’une intense expressivité employées dans différents contextes rituels, comme en témoignent les traces d’offrandes qui rehaussent leur surface. À l’opposé de la rue, la Galerie Afrique propose différents masques polychromes du Burkina Faso, aux beaux décors géométriques et animaliers. La Galerie Albert Loeb a sélectionné pour ce salon de nombreuses figures connues sous le nom de jira maanin, accompagnant les danses des masques animaliers dans la région de Bamako et du lac Débo (Mali).
Parallèlement à ces expositions thématiques, la rue des Beaux-Arts accueille divers accrochages d’exception proposés par des marchands africanistes que l’on ne présente plus, tels Bernard de Grunne chez qui l’on peut admirer douze œuvres d’exception dont une sculpture soninke (Mali) monumentale au modelé exceptionnel et une statuette féminine Luba Shankadi (R.D.C.) d’un classicisme envoûtant, et Jacques Germain, venu de Montréal pour proposer quelques pièces sakalava (Madagascar) et d’autres objets classiques comme un fétiche Songye (R.D.C.) et un reliquaire kota du Gabon, dans un écrin rehaussé par des toiles de grands artistes contemporains. Chez Charles-Wesley Hourdé, figure, entre autres œuvres, un intéressant ensemble de statuettes chargées bakongo et bembe du Congo, ainsi qu’un beau masque dan (Côte d’Ivoire). Joshua Dimondstein, de l’autre côté de la rue, expose des œuvres d’origines diverses dans un désir d’initier de nouveaux collectionneurs.
Fidèles à leur tendances, les galeries Entwistle et Adrian Schlag proposent une sélection de grande qualité de pièces d’Afrique et d’Océanie. Ce dernier continent est particulièrement à l’honneur chez Anthony Meyer, où l’on peut admirer un ensemble touchant d’objets miniatures de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Micronésie, entre autres, dont émane une force captivante inversement proportionnelle à leurs petites dimensions. L’Asie est célébrée dans deux autres espaces – Wei Asian Arts et Thomas Murray- dont la visite s’avère indispensable. Wei Asian Arts propose un accrochage jouant sur les contrastes entre le classicisme, par exemple, d’un torse de Bodhisattva en marbre de la dynastie Tang et la beauté ravinée et brute de la statuaire en bois vietnamienne. Quant à Thomas Murray, il a réuni pour ce Parcours des Mondes un ensemble de pièces indonésiennes accueillies avec enthousiasme par les collectionneurs et amateurs présents au vernissage du salon.
Finalement, les derniers mots de ce premier compte-rendu d’une longue liste à venir seront pour Totems et Chamanes, une admirable exposition thématique proposée par la galerie Flak dédiée à l’art de l’Alaska et de la Colombie Britannique, où l’on peut admirer près de cinquante objets, masques, mâts et figurines dont la beauté simple râvit les surréalistes.
